Lundi 12 août_Bolivie_2019

Lundi 12 août_Bolivie_2019

Lundi 12 août

Osvaldo nous présente les grandes orientations du travail effectué par Adapicruz avec l’appui de Miel Maya. Il nous parle de l’attention apportée aux petits apiculteurs proches de Santa-Cruz ainsi que d’un cycle de formation de 5 modules qui vient de commencer, destiné principalement aux jeunes. Norma, qui vient du département de Cochabamba, nous explique que là-bas les conditions sont plus difficiles, vu l’altitude, et que les ruches sont fort dispersées.

Nous nous rendons ensuite au siège d’Apicola del Bosque, le bras commercial d’Adapicruz. Nous y sommes accueillis par cinq apiculteurs compétents et intéressants. Les apiculteurs d’Adapicruz peuvent y livrer leur miel et même disposer d’une salle d’extraction mobile. Ils donnent beaucoup d’importance à la traçabilité du miel, qui provient de diverses régions, et garantissent la qualité du conditionnement. Une partie du groupe visite la miellerie tandis que les autres poursuivent l’échange sur divers sujets : varroase, caractérisation des miels etc. Nous comparons nos pratiques, et faisons la part des points communs et des différences.

Le dîner est expédié dans un restaurant d’une grande surface commerciale car nous avons pris du retard et notre troisième rendez-vous nous attend, à la Fondation des Amis de la Nature, FAN. Cette Fondation existe depuis 30 ans et a pour but de préserver la biodiversité dans les forêts. Ses activités couvrent la recherche, l’exécution de projets sur des territoires déterminés ainsi que la communication et la sensibilisation. Daniel, doctorant en biologie, nous présente une étude sur la gestion durable de la forêt bolivienne, en particulier sur la région que nous allons visiter dans la Chiquitania, la vallée de Tucabaca.

Le soir, nous prenons la route vers Arubaï, réserve privée du patrimoine national. La piste est sablonneuse et le 4×4 se révèle bien utile. La nuit ne facilite pas les choses et nous nous égarons mais nous avons deux chauffeurs expérimentés qui finissent par nous conduire à bon port. A l’arrivée, nous sommes accueillis comme des rois dans un endroit paradisiaque. Le feu est allumé et brille dans nos yeux. La table est dressée et la soupe traditionnelle est excellente ! Nous échangeons au coin du feu sous la pleine lune tandis que certains, bercés par notre conversation, s’endorment déjà.

Mardi 13 août_Bolivie_2019

Mardi 13 août_Bolivie_2019

Mardi 13 août

Au réveil, quel émerveillement de retrouver, dans la lumière du soleil cette fois, ce lieu, ces arbres, entre-aperçus hier soir. Le déjeuner traditionnel, préparé en toute simplicité, nous ravit. Bananes frites, yuca (manioc), viande et fromage, un régal ! Avant d’entamer une promenade dans la réserve, Javier soulève le couvercle d’une petite boîte et nous fait ainsi découvrir le monde des abeilles mélipones, ces abeilles sans dards, qui sont les abeilles indigènes. Il en existe plusieurs centaines d’espèces, dont une vingtaine dans cette petite réserve de 500 has.

Javier connaît ce parc comme sa poche et nous montre des nids en hauteur, dans les arbres, ou bien dans le sol. Certains arbres hébergent des fourmis, d’autres, en forme de tonneaux, sont de véritables réserves d’eau. Nous parcourons un fossé d’où s’élèvent des vagues de papillons : un moment extraordinaire !

Cette promenade se clôture par la visite du rucher d’Osvaldo : nous savons à présent ce qu’est une abeille africanisée et sommes rassurés d’être bien protégés par notre équipement de protection !

Après un dîner au marché de Porrongo, nous rencontrons un groupe d’apiculteurs et apicultrices et échangeons sur nos expériences apicoles. Ce groupe-ci pratique la transhumance : les transports de nuit sont parfois mouvementés car les interpellations de la police sont fréquentes, qui suspecte un trafic de drogue !

Au retour, nous traversons la rivière Piray et pouvons constater une fois de plus la compétence des chauffeurs et la performance des voitures louées. Nous passons un chouette moment lorsque nous voyons Benoît s’avancer dans l’eau, peu profonde en cette époque.

Mercredi 14 août_Bolivie_2019

Mercredi 14 août_Bolivie_2019

Mercredi 14 août

Nous nous levons à 5h30 et chargeons les bagages dans les voitures. Sur les toits de celles-ci, Osvaldo et Nilo ont placé les tentes et les matelas, qui forment un gros ballot. Roy, un ami d’Osvaldo, nous rejoint, il va écrire un reportage sur le circuit que nous allons faire dans la Chiquitania, une vaste région située à l’est de Santa-Cruz, qui s’étend jusqu’au Brésil.

A 6h00, nous prenons la route et très vite survient le premier incident, un matelas se détache du toit. Osvaldo court le récupérer et attache plus solidement le ballot. La ville s’éveille peu à peu et à chaque carrefour des marchands ambulants nous présentent miches, boissons, fruits, morceaux de canne à sucre à sucer. Les nombreuses échoppes qui bordent la route s’animent, des passants y prennent leur petit déjeuner. Les arbres ont perdu leurs feuilles, mais le printemps commence, ils sont en pleine floraison, de toutes les couleurs : rouge, orange, rose tendre, jaune.

Nous traversons le Rio Grande et parcourons une région qui a été complètement déforestée dans les années 90 dans le cadre d’un grand projet de la Banque Mondiale visant le développement de monocultures telles que le soja, le sorgho, le blé etc. Les mesures d’accompagnement écologiques de ce projet n’ont pas été réalisées, contrairement à ce qui avait été prévu, et aujourd’hui les sols appauvris sont progressivement reconvertis en pâtures pour l’élevage.

Après un petit déjeuner pris en chemin, nous empruntons, vers 9h30, la piste, bordée de vastes champs de sorgho, maïs et tournesol, qui s’étendent à perte de vue. Il nous faut deux heures et demie de route pour parcourir les 100 km qui nous séparent de San Antonio de Lomerio. La grand-place est dominée par l’église, datant des missions jésuites, qui contraste avec un hall sportif tout neuf à la toiture métallique. Nous continuons notre chemin jusqu’à San Lorenzo, un village qui dépend de la commune de San Antonio, où se trouve l’association d’apiculteurs Apmil, membre d’Adapicruz. Nous sommes accueillis par Elena, apicultrice, qui nous présente notre logement et nous invite à cueillir des pomelos, que nous dégustons sans tarder.

Elena et Emilio nous conduisent au local d’Apmil, où tout le monde se présente, et, après le dîner, nous nous dirigeons vers le rucher, situé à plus ou moins 1 km du village. Malgré l’agressivité des abeilles, nous prenons le temps de réviser plusieurs ruches et d’échanger sur divers points techniques. De retour au local, Emilio nous présente de manière très didactique le calendrier apicole de la région. Il remet à Benoît une demande d’appui au nom d’Apmil et nous fait ensuite visiter la miellerie et la salle d’extraction.

Nous assistons à une soirée culturelle dans le hall sportif, ponctuée de musique locale, de danses et de nombreux discours. Une grande jarre de chicha, boisson traditionnelle préparée à partir de maïs fermenté, est dévoilée : Nilo y puise la chicha à l’aide d’une grande calebasse et se fait accompagner par Benoît qui remet à tous les assistants, un peu plus de soixante personnes, une petite calebasse servant de cuillère. Ce cérémonial nous plaît et constitue le moment fort de cette soirée. Un petit pot de miel nous est remis avec, à l’intérieur, un morceau de rayon du miel que nous avons récolté l’après-midi.

Jeudi 15 août_Bolivie_2019

Jeudi 15 août_Bolivie_2019

Jeudi 15 août

Après un petit déjeuner convivial, nous passons à l’association des femmes de Lomerio, suite à l’invitation de la présidente, Josefa, rencontrée la veille, lors de la soirée culturelle. Nous visitons l’atelier de couture et admirons la qualité des hamacs, sacs et autres objets tissés localement. Nous nous rendons ensuite dans le village voisin, Puquio, où nous avons rendez-vous avec le responsable de l’organisation indigène locale, la CICOL, Centrale Indigène des Communautés Originaires de Lomerio. La CICOL est aujourd’hui titulaire des droits de propriété sur les 250.000 hectares où vivent les 7.000 habitants de ces communautés. Nous sentons à la fois la fierté d’avoir obtenu ces droits et la frustration générée par tous les obstacles bureaucratiques qui empêchent la CICOL et ses membres de réaliser leurs projets.

Ces deux rendez-vous improvisés, très intéressants, nous ont mis en retard sur notre programme alors que nous avons une longue route à faire jusqu’à notre prochaine destination. Osvaldo nous propose de faire ce trajet, de cinq heures, sans faire de pause pour le repas de midi. Nous acceptons sans problème, car les repas servis à Lomerio, tout en étant délicieux, étaient très copieux !

Il est 17 heures lorsque nous arrivons à Chochis, un lieu de pèlerinage situé au pied d’un grand piton rocheux, un site magnifique et grandiose. La lumière du soleil couchant met en valeur les nombreuses sculptures en bois qui nous émerveillent par leur qualité et le soin apporté aux détails. Nous escaladons une partie du piton et, de là, découvrons une vue superbe sur la vallée. Mais au loin apparaît une lumière rouge, celle des incendies de forêt qui se multiplient, suite à des brûlis mal contrôlés. Cette technique de « nettoyage » des cultures, traditionnelle, est aujourd’hui pratiquée à large échelle et est une des principales causes de la déforestation. La route qui nous mène à Roboré, où nous soupons enfin, traverse une vaste zone incendiée.

Il est 21 heures lorsque nous arrivons à Aguascalientes, un site d’eaux thermales, la plus grande source d’eau chaude du Brésil. Nous installons nos tentes dans le camping puis nous allons nous baigner dans une eau à 40°C, qui nous fait beaucoup de bien après ce long trajet en voiture. Ici et là, l’eau bouillonne, elle surgit du sable : il n’est pas conseillé de s’en approcher, car on s’y enfonce comme dans des sables mouvants… Notre sommeil sera ponctué par le passage des longs trains de marchandises qui viennent du Brésil, la voie de chemin de fer est juste à côté du camping.

Vendredi 16 août_Bolivie_2019

Vendredi 16 août_Bolivie_2019

Vendredi 16 août

Nous nous levons à 6h00, accompagnés par le chant des oiseaux, que Jean-Philippe photographie sans relâche. Démontage des tentes, rapide et efficace. Un dernier regard sur les eaux bouillonnantes, noyées dans un voile de brume, et à 7h nous partons pour Santiago de Chiquitos, où nous avons rendez-vous avec Omar, apiculteur d’Adapicruz. Sur la place du village, nous voyons les enfants qui se rendent à l’école ; un peu partout, chevaux, chiens et autres animaux errent en liberté.

Le village est réputé pour sa musique baroque, héritée de l’époque des missions jésuites du 18e siècle et inscrite au patrimoine culturel de l’Unesco. On y fabrique des violons. Toute la semaine prochaine aura lieu, à San José de Chiquitos, un festival international de musique baroque. Nous déjeunons chez un couple d’Américains installés de longue date en Bolivie, Milton et Katreen. Parmi ses multiples activités, Katreen dirige une école de musique. Nous rencontrons une volontaire d’origine espagnole, venue l’aider pendant un mois. Nous apprenons avec surprise qu’elle habite en Belgique, à Liège ! Le monde est un village…

Nous prenons à présent la route vers la réserve de Tucabaca et vers les ruches d’Omar, qui réalise ici un premier essai de transhumance. Vu la grande distance depuis Santa-Cruz, Omar vient ici une fois toutes les 4 à 6 semaines. Aucune erreur n’est permise, une bonne connaissance du calendrier floral de l’endroit est indispensable. Mais le potentiel mellifère de l’endroit est fabuleux, cela en vaut vraiment la peine.

Milton nous accompagne et nous fait un petit topo sur les événements liés à l’évangélisation de la population locale, dont le dernier acte de résistance remonte aux années 50’, marqué par le massacre de 5 missionnaires nord-américains. Nous nous arrêtons dans un lieu magique, au bord du rio de Tucabaca, où des chevaux sauvages viennent s’abreuver. Anne-Marie qui, trop fatiguée hier soir, n’avait pas profité des eaux thermales, n’y résiste pas et, sans hésiter, plonge dans l’eau : quel bonheur !

Arrivés au rucher, nous révisons plusieurs ruches mais, avec les combinaisons, il fait vraiment très chaud ! Omar essaie les gants de Benoît et ce colosse trouve enfin des gants à sa taille : son regard en dit long sur son souhait de les garder ! Chose promise, chose due, les gants resteront en Bolivie, mais à la fin du voyage seulement, car Benoît est allergique et ces gants épais sont une excellente protection contre les abeilles africanisées.

Et nous revoici déjà sur la route du retour. Petite halte au restaurant El Molino, où nous nous étions arrêtés hier soir. Jean-Philippe peut photographier tout à son aise un magnifique toucan qui nous observe. Au loin, un voile de fumée obscurcit le ciel. Le soleil, pourtant encore haut à 4 hres de l’après-midi, est rouge, comme s’il se couchait… Un hélicoptère transporte une nacelle chargée d’eau… : dérisoire tentative de stopper l’incendie qui fait rage, mais nous ne rendons pas encore compte de la gravité de la situation.

Nous voulons faire le plein à la station d’essence, mais celle-ci est paralysée par une panne d’électricité générale qui frappe la région, une des conséquences de l’incendie aperçu hier et qui redouble de vigueur. Des poteaux électriques ont apparemment été brûlés… Nous attendons que le courant se rétablisse, mais l’attente se prolonge. Nous prenons la chose avec philosophie, Jean-Philippe et Christiane en profitent pour récupérer leur retard dans l’écriture des textes destinés au blog.

Par le plus grand des hasards, Osvaldo rencontre un copain à lui, de passage, qui lui refile l’adresse d’un petit revendeur d’essence au village de Chochis, tout près. Après le transvasement de deux bidons, nous pouvons reprendre la route vers Santa-Cruz. Ironie du sort, c’est à ce moment-là que le courant est rétabli ! Tout le long de la route, nous prenons la mesure de l’incendie qui se propage sans répit. Il est 23 hres lorsque nous arrivons à la maison d’Osvaldo. Un grand merci à lui et à Nilo pour toutes ces heures de conduite. Et à Norma qui a entretenu la conversation avec Nilo pour l’empêcher de s’endormir !

Samedi 17_Bolivie_2019

Samedi 17_Bolivie_2019

Samedi 17

Après une nuit bien méritée et un bon petit déjeuner, nous évaluons la première semaine passée ensemble. Le voyage répond à nos attentes, sans aucun doute ! Chacun a trouvé sa place dans le groupe et nos caractères différents se complètent harmonieusement.

Osvaldo nous emmène ensuite dans un grand centre commercial comparable à ceux que l’on trouve chez nous : ses deux filles tiennent une échoppe pour y vendre du miel et des produits dérivés. Le design des étiquettes et la présentation générale sont très « pro », cette initiative en est encore à ses débuts mais elle a le mérite de montrer qu’il est possible de vendre le miel bolivien comme un beau produit, dans un contexte tout à fait commercial.

Les deux voitures ont été nettoyées et sont à présent pimpantes, Osvaldo et Nilo vont les rendre à l’agence de location tandis que nous prenons le taxi vers la Casa del Camba, un restaurant typique de Santa-Cruz où nous mangeons de délicieuses viandes grillées. Camba était autrefois un terme péjoratif désignant le « peón », le journalier agricole taillable et corvéable à merci… Aujourd’hui, ce terme est devenu une marque d’identité de tout Cruceño, qu’il habite à la ville ou à la campagne. Osvaldo y retrouve l’atmosphère de la Santa-Cruz de son enfance, une époque où la ville était encore toute proche de la nature…

Il ne nous reste plus qu’à boucler les bagages, nous y glissons les documents sur l’apiculture édités par Adapicruz qu’Osvaldo nous remet. Les adieux sont émouvants, nous avons lié de véritables liens d’amitié avec Osvaldo et Nilo.

Le trajet vers l’aéroport est plutôt chaotique. Benoît, parti seul dans le troisième taxi, arrive le premier et, après un bon quart d’heure d’attente, commence à s’inquiéter : ici aussi, des foyers d’incendie bordent la voie d’accès à l’aéroport et, depuis celui-ci, les flammes sont visibles, y compris à proximité des citernes de kérosène… ! Les deux autres taxis arrivent enfin, l’accès à l’aéroport leur a été tout d’abord interdit et c’est après trois itinéraires différents qu’ils sont arrivés, juste à temps pour prendre l’avion.

Arrivée en grande pompe à Tarija, tout au sud de la Bolivie . nous savions que nous serions reçus par le maire de cette ville, jumelée avec Brasschaat, près d’Anvers, et fort impliquée dans l’appui aux apiculteurs de la région, mais nous ne nous attendions pas à un tel accueil, dans un restaurant prestigieux, où un festin de rois nous est servi… Nous partageons ce repas avec l’adjoint du maire et plusieurs de ses collaborateurs, ainsi qu’un coopérant espagnol, d’Extrémadure, José, en mission pour un mois de formation des apiculteurs de la région : il nous accompagnera dans nos visites. Voilà une journée très gastronomique !

Dimanche 18 août_Bolivie_2019

Dimanche 18 août_Bolivie_2019

Dimanche 18 août

Après une bonne nuit dans l’hôtel très familial “Carmen”, nous débutons la journée par un bon petit-déjeuner puis nous profitons de quelques heures de temps libre pour flâner dans la ville. Lors de notre brève escapade, nous avons la chance de tomber sur une fête locale. On nous expliquera qu’il s’agit d’une fête catholique consacrée à St Roch (Saint de la Ville). Plusieurs statues de la Vierge sont fièrement portées par des enfants de chœur qui processionnent dans la ville. Notre dîner nous amène au Centre commercial dans lequel nous dégustons une soupe de mani (arachides), accompagnée de frites, de poulet, de pâtes et d’herbes aromatiques.

Nous montons ensuite dans un bus prêté par la municipalité qui nous conduit, après un voyage de plus de 2 heures, à Emborozu, le village d’origine de Léonardo, technicien apicole financé par le projet de MMH.

Nous y rencontrons un groupe d’apiculteurs de l’association APME dont le responsable est Don José. A l’origine, nous explique-t-il, la région était habitée par les Guaranis, population amérindienne. Après un chaleureux échange, où l’on nous demande combien de ruches nous avons, quel est leur rendement, etc., Don José nous invite à visiter la miellerie. Il explique fièrement que le miel d’APME est caractérisé par des saveurs dominantes d’oranges, de citrons et autres agrumes.

Sur les 18 tonnes récoltées lors de la saison 2018-2019, 5 tonnes seulement ont été vendues, suite à la perte inopinée du principal marché d’APME, l’Etat bolivien, qui achetait la production au prix de 32 Bolivianos le kilo en vrac (un peu plus de 4 €). APME espère pouvoir écouler les 13 tonnes restantes avant la prochaine récolte, qui aura lieu fin septembre, mais son précieux stock de miel est cristallisé… Malgré ces difficultés, ce groupe d’apiculteurs nous paraît très soudé ; l’employée en charge de la miellerie reste très motivée, elle continue à entretenir toutes les installations qui sont très propres, alors que l’activité est quasiment à l’arrêt.

La soirée se termine par un repas chaleureux et convivial autour d’une grillade de poissons, le « Pacu ». David, apiculteur d’APME, s’est attelé brillamment à la cuisson en l’arrosant d’une petite marinade composée de citron, de miel, de sel et de poivre. Le Pacu avait été fraîchement pêché par la maman de Leonardo. Durant la cuisson et la dégustation, nous entendions les croassements répétés des “Sapos”, gros crapauds d’Amérique du Sud.

Le bus nous dépose ensuite dans une école toute proche, voisine de l’ancienne maison de Léonardo, où nous passons la nuit dans une salle de cours.

Lundi 19 août_Bolivie_2019

Lundi 19 août_Bolivie_2019

Lundi 19 août

Il est quatre heures du matin, les premiers réveils retentissent. Après cette courte nuit, nous nous mettons en route pour 5 heures de voyage en bus, vers la réserve de Tariquia.

Cette longue route permet à certains de récupérer le peu d’heures dormies durant la nuit. Qui plus est, nous avons pu constater que notre leader, Benoît alias Benito, ne rencontrera pas de soucis de chauffage pour ce prochain hiver : Benoît est, en effet, qualifié par certains de champion du monde du ronflement !

Revenons plus sérieusement à notre voyage où les routes escarpées et sinueuses nous conduisent au sommet d’une montagne, située à plus de 3500 mètres d’altitude. Les températures y sont fraîches, les vues immenses, à couper le souffle. Les nuages inondent la vallée, en contre-bas. Le chauffeur nous octroie une petite halte afin de profiter pleinement de ce panorama. Nous immortalisons ce moment magique en photographiant plusieurs vues avant d’entamer la descente. Certaines portions nous font penser (subjectivement) à la route de la mort.

Nous arrivons à Pampa Grande vers 9h30. Un bon petit déjeuner nous attend. Nous pouvons faire le plein d’énergie en dégustant des empanadas, ainsi que la célèbre boisson chaude appelée “Api”, faite à base de maïs rouge et de cannelle.

Nous voilà fin prêts pour une marche de huit heures, programmée par Léonardo. Trois chevaux nous accompagnent en cas de nécessité. Léonardo précise qu’il fait l’aller en 1h30… Il a prévu le double de temps pour le groupe, pause comprise. 4.000 personnes vivent dans cette réserve, soit environ 900 familles réparties entre dix communautés.

La fin de la matinée nous amène chez Alicia, qui possède une vingtaine de ruches, loin dans la réserve. Nous sommes étonnés qu’elle les place si loin, étant donné la richesse et la diversité des arbres fruitiers présents aux abords de son logement : abricotiers, bananiers, manguiers et orangers croissent à profusion. Alicia précise qu’il y a encore beaucoup plus de ressources là où se trouvent ses ruches. Le repas de midi nous permet de refaire le plein d’énergie.

La marche reprend à un rythme soutenu, nous regrettons de ne pas recevoir d’informations sur les espèces que cette magnifique réserve abrite, qu’il s’agisse de la flore ou de la faune. Le paysage est très beau et varié: plat, vallonné, escarpé, avec le passage de rivières où, à certains endroits, nous devons recourir à nos talents d’équilibriste pour passer d’une pierre à l’autre…

En chemin, nous rencontrons un groupe de singes beaucoup plus rapides que nos appareils photos. Nous mâchons des feuilles de coca dont Ricardo, coordinateur bolivien du projet de MMH, nous vante les vertus: elle contient beaucoup d’alcaloïdes, est bon marché, tout le monde en a et en consomme, elle coupe la faim, la fatigue, donne de l’énergie (stimulant) et renforce la confiance en soi. A ne pas confondre avec la cocaïne !

Arrivés à Pampa Grande, nous apprenons qu’une marche, partie de Tariquia mercredi dernier, arrivera à Tarija demain, soit une semaine une plus tard. Cette marche rassemble une grande partie des habitants de Tariquia, qui dénoncent la décision du gouvernement central d’exploiter les abondantes ressources de gaz présentes dans la réserve.

Nous avons été interpellés par le nombre de déchets rencontrés tout au long de notre marche. José, l’ingénieur agronome espagnol dont nous avons fait la connaissance samedi soir, s’était muni d’un grand sac pour les ramasser. Ceux-ci étant parsemés, c’est à la fin de la randonnée que nous nous sommes rendus compte qu’il y en avait bien plus qu’on aurait pu le penser : son sac était copieusement rempli.

Nous arrivons juste avant la tombée de la nuit au village de Pampa Grande. Après un repas autour du feu, nous passons la nuit dans les deux chambres qui nous sont sympathiquement prêtées. 

Mardi 20 août_Bolivie_2019

Mardi 20 août_Bolivie_2019

Mardi 20 août

Nous débutons la matinée par la rencontre de Delia, apicultrice qualifiée d’aussi douce que ses abeilles, qui vit à une demi-heure de marche de Pampa grande. Elle nous réserve un accueil plus que chaleureux.

Delia dispose de 6 ruches, toutes proches de sa maison. C’est une activité secondaire pour elle. Son rucher lui demande beaucoup de travail pour lequel elle oeuvre seule. Son mari a déjà tenté de l’accompagner mais actuellement il n’ose plus l’aider car il a été récemment piqué.

Le rucher de Delia nous fait réagir tant celui-ci est vétuste. Les ruches sont endommagées, les grilles à reine et les hausses sont déjà placées alors que les abeilles sont peu nombreuses. Nous constatons que Délia manque de connaissances techniques. Lors de l’échange après la visite, Délia nous fait part de ses difficultés à travailler seule dans le rucher. Elle précise que l’hiver a été très dur, il a d’ailleurs neigé, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la région ! Ses colonies étaient populeuses avant l’hiver. Elle a déjà placé les hausses pour gagner du temps. Nous lui conseillons en toute humilité d’hiverner ses colonies.

Ses ruches sont victimes d’un pic, c’est pourquoi elle place un plastique à l’entrée de la ruche, en guise d’épouvantail. Ses ruches sont placées à l’ombre d’arbustes : tout un débat s’ensuit avec José s’il faut les placer à l’ombre ou au soleil. Il nous semble que le choix de Delia est pertinent. Nous continuons à échanger avec elle tout en dégustant des empanadas qu’elle a pris soin de nous préparer. Nous lui expliquons les trucs et astuces mis en œuvre en Belgique pour contrer les oiseaux ennemis des cultures notamment (épouvantail, cordes avec CD, …). Delia reçoit nos conseils avec beaucoup de simplicité, elle ne demande qu’à améliorer sa technique : c’est une très belle rencontre, tant sur le plan apicole que sur le plan humain !

Pendant ce temps, Efrain, journaliste de Nuevo Sur (Tarija), qui nous a accompagné la veille dans la marche, interviewe à tour de rôle Véronique, Benoît et la directrice du service de la Ville de Tariquia en charge du développement rural.

L’après-midi, nous rencontrons un groupe d’apiculteurs et apicultrices. Les participants sont moins nombreux que prévu car beaucoup d’apiculteurs participent à la marche organisée contre la mise en exploitation des réserves de gaz de Tariquia. Wilma, de Cochabamba et collègue de Norma, qui nous a accompagnés à Sta-Cruz, fait remarquer, à juste titre, que si l’exploitation du gaz est un grand danger pour la réserve, un danger tout aussi important est l’utilisation de pesticides au niveau des agriculteurs. Ce danger-là, ils peuvent le stopper eux-mêmes en revenant à une agriculture plus écologique et respectueuse de la nature.

Cecilia, une des participantes à cette rencontre, présente son association, AMEAT (Association des femmes entrepreneuses de Tariquia). Créée il y a 5 ans, AMEAT comprend uniquement des femmes et développe diverses activités, telle que la couture, en plus de l’apiculture. Sur les 105 membres, 30 pratiquent l’apiculture. Aucun droit d’entrée n’est exigé, alors que pour être membre de l’Association des Apiculteurs de la Réserve de Tariquia (AART), dont font partie la plupart des apiculteurs de la réserve, un droit d’entrée de 700 Bs est exigé, outre l’engagement de livrer au moins 80kg de miel par an. 

Nous lui demandons pourquoi il y a tant de femmes apicultrices. En fait, l’homme se consacre à l’agriculture et à l’élevage pour subvenir aux besoins quotidiens de la famille alors que la femme se consacre au ménage et aux soins des enfants. L’apiculture demande un travail moins régulier et contraignant tout en apportant un revenu financier disponible rapidement : le bétail constitue un investissement à plus long terme, c’est l’épargne de la famille. Il faut savoir que la consommation de miel ne fait pas partie des habitudes boliviennes, que ce soit au petit déjeuner ou pour la fabrication de pâtisseries.

Le programme de notre séjour est ensuite quelque peu chamboulé car le lendemain est prévu « un paro civico », sorte de grève générale, en protestation contre la candidature d’Évo Morales à un quatrième mandat présidentiel, ce qui est anticonstitutionnel. Nous décidons de rentrer à Tarija sans tarder car demain les routes seront bloquées.  Ce retour prématuré nous permettra également de rencontrer demain matin des apiculteurs ayant participé à la marche mais il nous fait rater, au grand dam de Leonardo, de superbes cochons braisés, des « chanchos a la cruz », une spécialité de la région hautement appréciée ! Ce sera tout bénéfice pour les apiculteurs de Pampa Grande, qui se régaleront en pensant bien à nous… Nous arrivons à Tarija vers 10 hres du soir. Une petite halte sur le chemin du retour nous permet d’apprécier un superbe ciel étoilé !

Quelques info concernant Pampa grande: le village possède une école primaire et secondaire d’une centaine d’élèves avec un internat, une église désaffectée et un centre de santé avec un médecin et une infirmière à demeure. Il y a eu beaucoup d’exode de la part des jeunes de la région qui vont étudier à Tarija et y restent pour travailler. Heureusement, le phénomène semble diminuer depuis l’achèvement de la route qui, depuis peu, est arrivée à Pampa Grande. L’électricité est fournie par de nombreux panneaux photovoltaïques ; le toit de l’école en comporte douze.

Mercredi 21 août_Bolivie_2019

Mercredi 21 août_Bolivie_2019

Mercredi 21 août

La ville de Tarija est « morte » ce matin, aucun véhicule ne peut pénétrer dans le centre, tous les accès sont bloqués, c’est le «  paro civico », en protestation contre la candidature d’Evo Morales à l’élection présidentielle[B1] .

Nous nous rendons au siège de l’Association des Apiculteurs de la Réserve de Tariquia (AART), où nous avons rendez-vous avec trois dirigeants. Ils ont participé à la marche de protestation contre l’exploitation du gaz de la réserve de Tariquia et sont très contents de son succès. Parti de la réserve il y a une semaine, le cortège s’est grossi de nombreux sympathisants tout au long du trajet : hier, à son arrivée sur la grand-place de Tarija, il comptait plus d’un millier de manifestants ! La presse locale, le journal El Pais, s’en est fait l’écho en lui consacrant sa « Une » ainsi qu’un article en double page.

Inocencio et Gloria sont responsables de deux filiales de l’association, tandis que Cipriano préside l’AART, qui joue le rôle de fédération. Les communications sont tellement difficiles entre les différentes filiales de la réserve que, jusqu’il y a peu, il était plus commode pour les dirigeants de se réunir à Tarija plutôt que dans la réserve même.

Cipriano nous présente l’association et nous fait part de sa conviction que l’apiculture est une activité intéressante. Paysan, il cultive aussi du maïs, mais c’est pour sa consommation personnelle. Une année où sa récolte de maïs était bonne, il est allé vendre son surplus à Tarija et a dû le céder à un prix écrasé. Son fils, Seferino, que nous avons rencontré à Pampa Grande, partage lui aussi cette conviction. De retour dans son village, il veut vivre de l’apiculture et s’est inscrit au cycle de formation qui vient de démarrer, organisé en particulier à l’attention des jeunes apiculteurs et apicultrices, pour la plupart fils et filles de membres de l’AART.

Cipriano est fortement préoccupé par le coup de froid qui a frappé la région de Tarija au début du mois d’août : il a passé 40 ans et n’avait jamais vu de neige ! Pourtant, la saison avait bien démarré, en juin il avait capturé 13 essaims, mais 7 sont morts… Il nous montre sur son smartphone une vidéo, où l’on voit des paquets d’abeilles mortes.

Véronique y voit les mêmes images que celles qui ont circulé, il y a quelques années, sur les cas de mortalité d’abeilles dans le sud de la France, imputés à l’application du pesticide Gaucho (produit par Bayer qui, par la suite, a racheté Monsanto…). De fait, Cipriano fait état d’une culture de pommes de terre, à 40’ à pied de son rucher, où l’on utilise beaucoup de produits chimiques. D’autres explications circulent, liées à l’origine de la cire ou à d’autres facteurs : cela vaudrait la peine de systématiser tout cela. Justement, une étudiante en agronomie de l’école de La Reid, Laurie, va venir faire un stage de trois mois en Bolivie, sur la certification bio du miel, elle pourrait contribuer à ce travail de systématisation : à suivre ! Il fait froid dans le local de la AART et nous invitons nos hôtes à poursuivre cette réunion à notre hôtel. Après le dîner, chacun profite de cette après-midi libre pour mettre à jour ses notes de voyage ou flâner dans la ville.